« Une semaine, une œuvre aurignacienne » n°6

L'OEUVRE QUI JOUAIT A CACHE-CACHE

 

 

Mais quelle est donc l’œuvre du Musée de l’Aurignacien qui se cache derrière cette image, qui n'apparait que par morceaux ?

Réponse plus bas.

 

 

Chaque jour, entre le 29 avril et le 06 mai 2020, un carré supplémentaire de l’œuvre qui joue à cache-cache vous sera révélé sur cette page.

 

Vous ne trouvez pas de quelle oeuvre il s'agit ?
Revenez voir demain comment elle a évolué !

 

Vous avez une idée de l’identité de l’œuvre ?

Envoyez-nous votre proposition par mail à contact@musee-aurignacien.com  ou par message privé Facebook sur la page Musée de l'Aurignacien  avant mercredi 06 mai !

 

Tous les participants qui réussiront à deviner de quelle œuvre il s’agit gagneront une entrée gratuite au musée, dès sa réouverture.

 

 

RÉPONSE :

 

Et l'œuvre qui jouait à cache-cache correspond à....

 

...des vertèbres préhistoriques de salmonidé (type de poissons à deux nageoires dorsales, qui regroupe notamment le saumon et la truite) !

 

Félicitations à ceux qui ont trouvé la bonne réponse !

 

 

EN SAVOIR PLUS :

 

L’œuvre qui jouait à cache-cache

 

Les vertèbres sont les os les plus compacts des squelettes chez les poissons, et donc ceux qui conservent le mieux, et de ce fait ceux qui sont le plus souvent retrouvés par les archéologues. Par ailleurs, le saumon est le poisson le plus présent dans les corpus archéologiques. On peut l’expliquer par la résistance de ces os, qui ont permis leur bonne conservation, mais il s’agit peut-être aussi d’un choix préférentiel de cette espèce, en raison de son apport en protéine très important.

Les ossements de salmonidé exposés au musée ont été découverts dans l’abri sous-roche de Fontalès, sur la commune de Saint-Antonin-Noble-Val dans le Tarn-et-Garonne, à une centaine de kilomètres d’Aurignac. Ils sont datés du Pléistocène supérieur, dernière période glaciaire avant la période interglaciaire que nous connaissons actuellement (125 000 – 10 000 BP).

L’abri de Fontalès présente non seulement des restes de poisson, mais aussi de nombreuses pièces de mobilier datées du Magdalénien (17 000 - 12 000 BP) dont plus de deux cent harpons, ces outils dont la pointe est munie de crochets, qui permettent d’embrocher les poissons sans qu’ils puissent dès lors dégager leurs corps de l’arme :


Harpons magdaléniens en os, abri sous roche de Fontalès, Tarn-et-Garonne. Photo : Darasse. Source : Méroc L., 1959, p.149.

 

 

Ce site présente donc de nombreux indices d’une activité de pêche réalisée par les Préhistoriques locaux. Et ce n’est pas le seul !

 

 

À la pêche aux traces archéologiques

 

Au Paléolithique supérieur, les hommes et les femmes modernes (Homo sapiens) sont qualifiés de “chasseurs-cueilleurs” car ils se nourrissent de produits de la cueillette (fruits, noix, baies, racines, fruits à coques, herbes, etc.) et de la chasse (rennes, cerfs, chevaux, bisons, lapins, etc.), mais leur alimentation est aussi apportée par la pêche (saumons, truites, daurades, ombres, vandoises, anguilles, brochets, etc.), le ramassage de mollusques, et probablement aussi la collecte du miel d’abeilles sauvages.

À l’Aurignacien (environ 40 000 - 28 000 BP), la consommation d’ichtyofaune (poisson) par l’Homme est attestée, grâce à la présence d’origine anthropique de restes de poissons sur plusieurs sites. Des vertèbres de poissons perforées ont notamment été retrouvées sur les gisements aurignaciens de la grotte de Gatzarria, à Ossas-Suhare dans les Pyrénées-Atlantiques, ainsi que de la grotte des Hyènes, à Saint-Bauzille-de-Montmel dans l’Hérault.

En outre, c’est dans les périodes les plus récentes du Paléolithique supérieur que nous connaissons le plus de témoignages de la pratique de la pêche par les Préhistoriques.

Effectivement, de multiples sites d’habitat, parfois situés à des centaines de mètres de tout cours d’eau, ont livré des restes de poissons consommés, le plus souvent des vertèbres, comme à l’abri sous-roche de Fontalès, ou encore à l’abri Pataud, en Dordogne.


Vertèbres de poisson de l’Abri Pataud exposées au Musée archéologique de l’Abri Pataud, Eyzies-de-Tayac-Sireuil, Dordogne. Photo : site web touristique “Le Guide du Périgord” https://www.guide-du-perigor.com/fr/selon-mes-envies/culturelle/article-...

 

 

Ensuite, du matériel de pêche a été révélé par l’archéologie. Si les traces d’outils en matériaux périssables tels que les filets de pêche, les nasses et les lignes ne conservent que dans des conditions exceptionnelles, de nombreux outils de pêche en matières dures animales ont été découverts. Il s’agit souvent, dès environ 30 000 BP, de harpons, de foënes (harpons à plusieurs branches) ou encore des premières formes de hameçons, réalisés dans de l’os ou du bois de cervidés.


Dessins de harpons magdaléniens (17 000 - 12 000 BP) à différentes proportions de barbelures. De gauche à droite : grottes d’Isturitz, de Lortet, de Sainte-Eulalie, de Fontalès et de Laugerie-Basse. Source : Julien M., 1982, p.38.

 

 


Foëne en bois de renne, Grotte de la Vache, Magdalénien (17 000 - 12 000 BP), Musée d’Archéologie nationale et Domaine national de Saint-Germain-en-Laye. Photo :
©RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) / Franck Raux

 

 


Hameçon droit (?) en bois de renne, grotte du Placard, Solutréen (22 000 - 17 000 BP), musée d'Archéologie nationale et Domaine national de Saint-Germain-en-Laye. Photo :
©RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) / Franck Raux
 

 

Vers 15 000 BP (Magdalénien) apparaissent les premiers barrages-pièges, qui permettent des prises massives de poissons. Dès 11 000 BP (Azilien), on découvre des crochets solides et courbes, qui annoncent les hameçons courbes développés au Mésolithique (dès environ 9 000 BP pour l’ouest de l’Europe) et au Néolithique (6 000 - 3 000 BP). Puis, au Néolithique, période associée à la sédentarisation, l’apparition de l’agriculture et de l’élevage, les témoignages d’une diversité des techniques de pêche accroissent : des traces de filets de pêche, palangres et pièges à marée sont les témoins du développement de la pêche en milieux lacustre et côtier.


Hameçon azilien, Musée de Lussac-les-Châteaux. Source : C. R., 2014, ©Hominidés.com 

 

Par ailleurs, les analyses isotopiques sur restes osseux et dentaires permettent d’interpréter les habitudes alimentaires des individus préhistoriques. Celles qui ont été réalisées ces dernières années ont démontré non seulement que le poisson était bien consommé par l’Homme au Paléolithique, mais aussi qu’il devenait petit à petit une source d’alimentation considérable pour Sapiens, surtout durant la seconde moitié du Paléolithique supérieur.

Les femmes et hommes préhistoriques avaient des raisons considérables de s’intéresser à la pêche. De nombreux campements étaient installés à proximité de cours d’eau, où les poissons, les coquillages et les crustacés sont présents toute l’année ; ils sont donc une ressource alimentaire continue et de proximité. Par ailleurs, la pêche est bien moins dangereuse que la chasse, et ses produits ont un apport en protéines important.

Les archéo-ichtyologues (archéologues spécialistes de l’étude des poissons), lorsqu’ils étudient les restes de poissons préhistoriques, s’intéressent non seulement aux données qui permettent de mieux connaitre le mode de vie des Hommes préhistoriques (quelles espèces de poissons ils chassaient, en quelle quantité, à quelle saison, grâce à quelle organisation, etc.) mais aussi aux informations liées au paléo-environnement (modifications des espèces présentes, des quantités de poissons liées aux variations du climat, etc.), qui permettent de mieux appréhender le milieu dans lequel vivaient ces poissons et ces Hommes.

 

 

L’art de poisson

 

Quelques représentations de poissons sur des objets de la vie quotidienne, comme des sagaies en bois de renne ou os, ainsi que sur les parois des grottes ont été découvertes. À l’échelle du corpus complet de l’art paléolithique figuratif connu aujourd’hui, ces représentations sont peu nombreuses. Néanmoins, le pourcentage de représentations de poissons dépasse celui des rennes figurés, ce qui n’est pas négligeable. Par ailleurs, ces productions prouvent l’intérêt pour les poissons de l’Homme préhistorique. En voici quelques exemples :


Plus ancien poisson sculpté connu à ce jour, bas-relief de l’Abri du Poisson, Dordogne, Gravettien (environ 25 000 BP). Photo : image libre de droit et d’usage, Wikipedia

 

 


Contour découpé d’une sole en os gravé, Grotte des Boeufs, Magdalénien moyen (15 000 - 13 500 BP), Musée d'Archéologie nationale et Domaine national de Saint-Germain-en-Laye. Photo
©RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) / Martine Beck-Coppola.

 

 


Propulseur en bois de renne sculpté figurant un poisson, Grotte d'Isturitz, Pyrénées-Atlantiques, Magdalénien (18 000 - 11 000 BP),
Musée d'Archéologie nationale et Domaine national de Saint-Germain-en-Laye. Photo : ©MAN – V. Gô.
 

 


Bâton de Lortet, Grotte de Lortet, Hautes-Pyrénées, Magdalénien. Photo : ©RMN, Thierry Le Mage. Source : https://musee-archeologienationale.fr/sites/musee-archeologienationale.f...

 

 


Déroulé du bâton de Lortet, Grotte de Lortet, Hautes-Pyrénées, Magdalénien. Photo :
©RMN, Thierry Le Mage. Source : https://musee-archeologienationale.fr/sites/musee-archeologienationale.f...
 

 

Le saviez-vous ?

 

On observe des traces de consommation de poissons par l’Homme en Europe à partir du Paléolithique moyen, chez l’Homme de Néandertal ! C’est le cas par exemple sur les gisements de Vaufrey et des Fieux dans le sud-ouest de la France, où l’on a découvert de nombreux ossements de poissons. Aucun outil lié à la pêche n’est associé ; les techniques de pêche sont très mal connues pour cette période. Néanmoins, pour les deux sites, la mort de tous les poissons a été datée du début d’une saison de crues des rivières. Les poissons consommés ont donc pu avoir été piégés lorsque le niveau de l’eau a baissé. L’Homme de Néandertal a aussi pu utiliser du matériel de pêche en matériaux périssables, qui ne nous aurait alors pas laissé de traces…

En tout cas, des découvertes récentes nous montrent que les Néandertaliens avaient un lien très particulier avec les milieux aquatiques.

En effet, des excroissances osseuses au niveau de leur oreille, appelée “oreille de surfeur”, s’expliqueraient par une présence régulière dans de l’eau froide : peut-être motivée par la pêche en mer ?...

Par ailleurs, la grotte portugaise de Figueira Brava, fouillée récemment par une équipe internationale et qui a servi d’abri à des Hommes de Néandertal entre 106 000 et 86 000 BP, a livré des restes de poissons, mollusques, crustacés, oiseaux et mammifères marins. Cette découverte renforce l’idée que les Néandertaliens pêchaient et cueillaient des fruits de mer en milieu maritime.

 

 

Bibliographie :

 

Costamagno S. et Laroulandie V., 2004, L'exploitation des petits vertébrés dans les Pyrénées françaises du Paléolithique au Mésolithique : un inventaire taphonomique et archéozoologique. In : J.-P. Brugal, J. Desse (dir.), Petits Animaux et Sociétés Humaines. Du complément alimentaire aux ressources utilitaires. Actes des XXIVe rencontres internationales d'archéologie et d'histoire, Antibes, 23-25 octobre 2003-2004, Antibes, France, pp.369-382.

 

C. R., 2014, « Pêche préhistorique ». Source : ©Hominidés.com ; https://www.hominides.com/html/dossiers/peche-prehistoire-paleolithique.php

 

C. R., 2019, « Pour quelle raison Néandertal développait l'oreille du surfeur ? ». Source : ©Hominidés.com ; https://www.hominides.com/html/actualites/neandertal-excroissance-osseus...

 

Dams Lya R., 1987, Poissons et contours de type pisciforme dans I'art pariétal paléolithique. In : Bulletin de la Société royale belge d’Anthropologie et de Préhistoire, tome 98, 1987; pp.81-132

 

Drouot E., 1953, Les peintures de la grotte Bayol à Collias (Gard) et l'art pariétal en Languedoc méditerranéen. In : Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 50, n°7-8, 1953, pp. 392-405

 

Julien M., 1982, Les harpons magdaléniens. In : Gallia préhistoire. Suppléments, supplément 17, 1982 ; https://www.persee.fr/doc/galip_0072-0100_1982_sup_17_1

 

Le Gall O. et Raynal J.-P., 2005, EXPOSITION : Préhistoires de pêche. Le Gall O., 2009, Archéo-ichtyologie et pêches préhistoriques Résultats et perspectives. In : Archéopages 26, juillet 2009.

 

Méroc L., 1959, Toulouse. In : Gallia préhistoire, tome 2, 1959, pp. 133-153

 

Trinkaus E. et Villotte S., 2017, « External auditory exostoses and hearing loss in the Shanidar 1 Neandertal ». Source : Journal PlosOne ; https://doi.org/10.1371/journal.pone.0186684

 

Rouzé M., 1985, Des poissons qui parlent... de la préhistoire. In : Raison présente, n°73, 1er trimestre 1985, Fonctions des intellectuels, pp. 130-132

 

Zilhao J. et al., 2020, « Last Interglacial Iberian Neandertals as fisher-hunter-gatherers ». Source : Magazine Science ; https://science.sciencemag.org/content/367/6485/eaaz7943

 

 

 

Retrouvez tous les autres jeux spécial confinement "Une semaine une oeuvre aurignacienne" sur notre page Programmation en lien ici.

 

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